L’Allemagne dirige l’Europe

Alors que François Hollande veut voir le Brexit comme une opportunité pour relancer l’Europe, Angela Merkel semble s’opposer à une telle vision en indiquant que plus d’Europe serait faire le jeu des eurosceptiques. Dans le même temps, le Sunday Times révélait qu’un ministre allemand, anonyme, indiquait qu’Angela Merkel chercherait à obtenir la démission de Jean Claude Juncker. Selon ces derniers signes, peut-on en déduire que le “lead” allemand s’impose de plus en plus à l’Europe, et ce, avec de moins en moins de “discrétion” ? Oui, cela fait six ans que l’Allemagne s’impose de plus en plus clairement sur la scène européenne. A chaque nouvelle crise, un palier est franchi, le dernier étant le Brexit. Mais ce qu’il est intéressant de comprendre, c’est ce que l’Allemagne souhaite faire de ce pouvoir acquis au fil des ans. Se pose aujourd’hui la question de la réponse à apporter à la sortie du Royaume-Uni de l’Europe. Clairement, deux positions s’opposent côté européen, positions que l’on retrouve aussi en Allemagne. Celle tout d’abord d’une intégration plus forte des pays membres de l’Europe, et notamment ceux de la zone euro. Il est par exemple envisagé de créer un premier cercle d’intégration, très poussé, qui serait le pendant des règles budgétaires actuelles. C’est une position portée notamment par la France et l’Italie, mais aussi les sociaux-démocrates allemands puisqu’elle avait été appuyée par Jean-Marc Ayrault et Franck-Walter Steinmeier le dimanche qui a suivi le Brexit. Cette proposition, qui a été discutée pendant le sommet du 28 et 29 juin, est la première proposition. La deuxième est celle de Wolfgang Schaüble, chantre de l’ordo-libéralisme, qui souhaite utiliser le Brexit pour renforcer le contrôle budgétaire au niveau central et ne rien faire d’autre. Il souhaite une réforme de la zone euro en renforçant la “stabilité” financière, notamment via un contrôle automatique : qu’un pays sorte des règles et il serait immédiatement sanctionné. Une vision logique du point de vue de l’ordo-libéralisme allemand, mais aussi un économisme très juridique. Entre les deux visions, il y a Angela Merkel qui envoie des messages par rumeurs de presse, dont celle contre Jean-Claude Juncker. Et le démenti qu’elle a prononcé lundi 4 juillet au soir signifie qu’elle est davantage du côté de Wolfgang Schaüble, ou du moins qu’elle l’utilise pour envoyer un message aux pays du Sud : “si vous allez trop loin dans vos propositions d’intégration, j’aurais une contre-proposition. Le mieux serait donc d’aménager l’existant”. Ce qui correspond à sauver le statu quo, et ne rien faire. Il faut bien comprendre que Mme Merkel considère aujourd’hui que la structure de l’Europe est optimale, qu’il n’y a pas de besoin de la réformer ou de l’améliorer, qu’il suffit juste de l’adapter au moment, c’est-à-dire à la sortie du Royaume-Uni. Ce statu quo est d’ailleurs la position qu’elle défend depuis plusieurs années, on l’avait vu à l’occasion de la crise grecque alors que les sociaux-démocrates allemands, François Hollande et Matteo Renzi poussaient pour une plus grande intégration de la zone euro, et donc plus de solidarité. Proposition qui est devenue une ligne rouge dans les négociations. Dès le lendemain du Brexit, la CDU a d’ailleurs refusé toute avancée dans ce sens. Tout ceux qui pensent donc que le Brexit sera l’occasion d’aller vers plus de fédéralisme se trompent car l’Allemagne n’est pas du tout prête à aller dans ce sens. On peut en tout cas dire que la diffusion de ce genre de rumeurs autour de la stratégie allemande au lendemain du Brexit traduit l’importance qu’a prise au fil des années l’exécutif allemand dans le dispositif décisionnel européen. Je reste toutefois très dubitatif face à cette source anonyme du Sunday Times. En effet, Angela Merkel n’a pas fait obstacle à la candidature de Juncker à la tête de la Commission européenne, loin de là, et surtout, même si Angela Merkel et Jean-Claude Juncker peuvent avoir des divergences de stratégie, je vois mal Merkel ouvrir de sa propre volonté une crise de succession à la tête de la Commission. Cela serait assez incohérent avec sa bien visible volonté de temporiser, de laisser du temps au temps, de voir comment les choses vont évoluer outre-Manche.






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